22.02.2008
LUIZ ADELAJA, LA TRADITION MODERNE

Le styliste Nigerio-Ghanéen combine le savoir-faire d'artisans ghanéens et de retraitées des townships du Cap pour une mode sans frontières.
Un homme tressé d'une trentaine d'années s’est retiré dans un coin, il a le visage fermé. «Les membres du jury m’ont demandé de leur expliquer ma démarche artistique, et avant même que je n’ai pu terminer mon exposé, on m’a coupé la parole», se désole Luiz Adelaja. Les débats sont houleux pour désigner le vainqueur du concours, de jeunes créateurs, organisé à Niamey par Culturesfrance. Contrarié, le styliste originaire du Ghana et du Nigéria, préfère resté seul et penser.
Autodidacte, il suit actuellement au Cap, en Afrique du Sud, des études de management et marketing pour «apprendre à gérer une entreprise et connaître les besoins du marché». Pour le futur homme d’affaires, «la création africaine ne doit pas ressembler à ce que le marché attend d’elle mais plutôt proposer des créations individuelles d’inspirations diverses».
Pour le concours «l’Afrique est à la mode», il a combiné le savoir-faire des artisans ghanéens pour les imprimés sur le tissu, l’agilité de femmes retraitées des townships du Cap pour du tricot et l’accès aux technologies qu’offre l’Afrique du Sud. «Je crée en prenant en compte les contraintes de l’Afrique. Par exemple je travaille avec des tissus comme le Kinté du Ghana, j’ai dû m’associer à des tailleurs locaux, on ne peut pas faire de grosses productions parce qu’on n’a pas d’usine. Et lorsque les usines sont là, les prestations sont hors de prix, d’ailleurs j’ai dépensé beaucoup d’argent pour réaliser cette collection.»
«J’utilise à ma façon le savoir-faire des artisans.» Il a créé une ligne mixte, moderne avec un denim brut surpiqué de fil orange mélangé avec des tissus wax. «Quand on voit mon travail je veux qu’on se dise d’abord: c’est beau, je me verrais bien porter ces vêtements, et pas seulement, c’est africain, ce que je crée est à mon image, international.»
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21.02.2008
Charlotte Mbatsogo, styliste audacieuse

La jeune créatrice camerounaise présente sa collection sexy et colorée pour le concours «l'Afrique est à la mode».
«Très tôt, ma mère a compris que je me passionnais pour les métiers d’art. Dès la sixième j’ai été orientée vers un CAP des industries de l’habillement.» Charlotte Mbatsogo peine à trouver ses repères. «On nous apprenait le travail en industrie, alors que je voulais créer.» Après le bac, elle s’inscrit dans une école de mode, et là tout s’enchaîne.
Un an à peine après avoir intégré une formation de stylisme à Yaoundé (Cameroun), Charlotte se retrouve parmi les 10 finalistes du concours «l’Afrique est à la mode.» «Au départ, c’était un devoir de classe» s’étonne encore la styliste camerounaise de 22 ans. Le thème imposé: le film Moulin Rouge, elle ne trouve pas son inspiration. «Impossible de dessiner une seule grande robe, toute la classe était dans le sujet sauf moi. J’ai décidé de cibler quelques éléments, comme par exemple les volants, pour en faire un Moulin Rouge actuel.»
A ce moment là, à Yaoundé, passe la caravane du Festival International de Mode Africaine (FIMA). «J’ai présenté mon dossier sans grande conviction et j’ai eu la chance d’être sélectionnée.» Commence alors le parcours du combattant, «je ne savais pas très bien coudre, j’ai du tout apprendre en vitesse.»Ses amis l’aident à concevoir les pièces et ses parents financent toute la collection. «J’ai essentiellement utilisé le tissu tissé rayé du nord du pays, en choisissant moi-même les couleurs, du jaune, du bleu et du orange, pour inventer des motifs et créer un jeu avec les accessoires».
Coiffées de visières aux couleurs du Cameroun (vert, jaune, rouge), des mannequins aux jambes interminables se déhanchent à une allure nonchalamment sexy. Les corsages en toile tissée ajustés soulignent la taille tout dévoilant les épaules huilées des modèles alors qu’une superposition de volants jaunes, rouges, et verts leur dessine une croupe rebondie. Inspirée par les vêtements de la cavalerie royale du Lamido de Garoua (chef traditionnel du Nord-Cameroun), la discrète Charlotte Mbatsogo crée une ligne sport, audacieuse et décomplexée.
Saran Koly
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